Alicia – 02

Isabelle décide de s’asseoir. J’hésite un moment, puis je fais pareil. A l’ombre, l’herbe est presque fraiche. Un bus est sans doute passé, mais occupées que nous étions à mater, nous ne l’avons ni vu, ni même entendu. Le soleil commence à se cacher derrière les arbres et la température se fait plus douce. J’ai, moi aussi, envie de douceur. Comme c’est étrange. En s’asseyant, la jupe d’Isabelle est un peu remontée. J’en profite pour mouiller de plus belle.

Vous l’aurez compris, j’aime les garçons, et j’aime aussi les filles. Et j’aime Isabelle depuis longtemps. Pas depuis le début, non. Nous avions douze ans toutes les deux. Et à douze ans, je ne pensais ni aux filles, ni aux garçons. Je ne m’y suis intéressée sérieusement qu’à quinze ans. Lorsque mon corps a commencé à ressembler à quelque chose. Lorsque les garçons, les hommes, et quelques femmes, ont commencé à me regarder différemment. C’est fou cette différence qu’il y a entre les deux. Entre l’avant et l’après. Entre la petite fille et la femme. Car nous devenons femme d’un coup. Comme le papillon sort de sa chrysalide. Dans mon cas, cela s’est fait en quelques mois. Les hanches qui s’arrondissent, les seins qui poussent. Je devais changer de taille de soutien-gorge toutes les semaines. Ma mère en était folle. Tout cet argent qui du jour au lendemain partait en fumée. Mais que pouvait-elle y faire ? Pas grand-chose. Pour Isabelle, cela a été encore plus rapide. Sa mère n’avait pas le temps d’aller les lui acheter, ses soutifs.

Si je dis que j’aime Isabelle depuis longtemps, c’est qu’entre mes quinze ans et mes seize ans, le temps m’a semblé une éternité. L’envie, sans doute, de passer à autre chose. D’exprimer d’autres sentiments, de me laisser aller à d’autres émois.

Pour ce qui est d’Isabelle, je n’ai jamais su vraiment si elle était dans les mêmes dispositions que moi ; nous n’en avons jamais parlé. Ce dont je suis sûre, c’est qu’elle aime les grosses…

– Tu as vu ça ?

– Pardon ? Excuse-moi, je pensais à autre chose.

– Le truc qu’il avait.

– Quel truc ?

– Sa bite. Je parle de sa bite !

– Ah oui. Ca t’a fait envie ?

– Un maximum. Pas toi ?

– Si. Bien sûr… La fille aussi était pas mal. Tu as vu ses seins ?

– J’ai les mêmes qu’elle. Et toi aussi. A peu près. Si mes seins étaient plus petits, je pourrais, à la rigueur, être jalouse. Mais là…

A l’écouter parler de ses seins, j’en mouille encore plus ma culotte. Heureusement que ça ne se voit pas, je ne sais pas ce qu’elle me dirait. Peut-être le prendrait-elle mal. Peut-être se fâcherait-elle. Peut-être ne voudrait-elle plus me parler. Je mate ses cuisses nues pendant qu’elle respire une fleur. Et j’ai des fourmis dans les mains, dans le ventre, et un peu partout. C’est la première fois que nous nous retrouvons dans cette situation. C’est à la fois délicieux et parfaitement inconfortable, car je ne sais pas quoi faire, ni quoi dire. J’ai envie de déboutonner son chemiser, de lui toucher les seins, de ma caresser la chatte, d’embrasser ses lèvres. Et cette envie me rend malade, car au lieu de ça, je saisis une fleur, moi aussi, comme une imbécile et je la respire comme si c’était la dernière sur la terre.

Et puis… brusquement, elle se lève.

– Quelle heure il est ?

– Je ne sais pas… Cinq heures et demie. Pourquoi ?

– Il faut que je rentre. Ma mère m’a demandé d’être à la maison à cinq heures.

– Pour quoi faire ?

– Je ne sais pas. Elle me l’a demandé, c’est tout. Dépêche-toi, il faut que j’attrape le bus.

A suivre…

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