Alicia – 01

– Tu viens ?

– Oui, j’arrive. Deux secondes, y’a pas le feu.

Isabelle est déjà à l’arrêt du bus. Moi, cinq ou six pas derrière elle. La chaleur est suffocante, j’ai du mal à reprendre mon souffle.

– Pourquoi tu traines comme ça ?

– Il fait chaud et je suis fatiguée.

Une dizaine de personnes attendent. Donc, pas de place pour s’asseoir sur le banc. Et je n’ai pas envie de rester debout. Le temps passe. Un quart d’heure, vingt minutes, et toujours pas de bus. Qu’est-ce qu’il fout, ce con ? Il est allé boire un coup ? Isabelle me prend par le bras.

– Viens. J’en ai marre de rester là. On va marcher un peu jusqu’au prochain arrêt.

A la limite, pourquoi pas. Ca va peut-être me détendre un peu.

Nous longeons la route, coincées entre le bitume et la forêt, ou ce qui ressemble à une forêt mais qui, moi, me fait plutôt penser à des bois. Au moins nous sommes à l’ombre. Isabelle marche devant moi et je peux difficilement m’empêcher de la regarder. Qu’est-ce qu’elle est belle, même de dos. Elle me plait, comme elle plait à tout le monde. Ce qui n’est pas tout à fait mon cas. Non pas que je sois moche. Mais je n’attire pas les regards comme elle sait le faire. C’est un truc particulier, qu’on a ou qu’on n’a pas. La beauté n’y suffit pas. Il faut autre chose.

Nous nous connaissons depuis la sixième. Il y a cinq ans, déjà. Nous avons toujours été dans les mêmes classes, d’abord, au collège, puis au lycée. Aucune de nous ne la fait exprès, bien évidemment. Ca c’est trouvé comme ça. Le hasard, ou autre chose. Et au fil du temps, nous sommes devenues amies.

Isabelle marche de plus en plus vite. C’est du moins l’impression que j’ai. Quand brusquement, elle s’arrête, tourne la tête vers moi, et me fait signe de venir. A quelques dizaines de mètres, dans une sorte de clairière, une fille est assise sur un rocher. On la distingue à peine à cause des branches et de feuilles qui nous cachent un peu la vue. Elle a ouvert son chemisier et ses seins sont nus. Devant elle, un type. Il a sorti son sexe, et se masturbe lentement. La fille se caresse les seins. On se regarde toutes les deux, surprises, médusées même, par ce que nous voyons. Perso, c’est la première fois que j’assiste à un pareil spectacle. Isabelle aussi, manifestement.

– Merde, alors !

– Comme tu dis.

– Faire ça dehors, c’est plutôt gonflé !

– Dehors ou dedans, qu’est-ce que ça change ? Avec les arbres, on les voit à peine.

– Moi, je les ai vus. Tu crois qu’ils vont…

– Qu’ils vont quoi ?

– Baiser ?

– Ca m’étonnerait. En tout cas, c’est pas parti pour.

– Pourquoi ?

– Ca me parait évident.

Le type s’est rapproché de la fille. Mais il continue de se masturber sans la toucher.

Isabelle s’agrippe à mon bras.

– Tu crois qu’il va…

– Qu’il va quoi ?

– Je ne sais pas. Jouir sur elle.

– A ton avis ?

La vue des seins de cette fille et du sexe assez impressionnant du type commence à légèrement m’exciter. Au point que j’en mouille ma culotte. Je ne me sens pas très à l’aise.

Isabelle me serre le bras.

– Ca y est ! Je crois… Je crois qu’il va se passer quelque chose… Oh, my God ! Tu as vu ça ?

– J’ai vu. Il lui en a mis partout.

– Attention, ils regardent dans notre direction.

Isabelle s’accroupit et m’oblige à faire de même. Non. Fausse alerte. La fille reboutonne tranquillement son chemisier et le type remonte sa braguette. Puis ils s’éloignent en direction de la forêt. Nous les suivons du regard jusqu’à ce qu’ils disparaissent derrière les arbres.

A suivre…

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